La dissertation philosophique (approche pragmatique) - Savoir-faire

 

Partie théorique

A. Considérations générales

Une dissertation est une argumentation. L'argumentation est à l'image d'une démonstration  en mathématique ou des preuves dans le domaine des faits. En effet  démontrer consiste à  établir une vérité d'une assertion.   Parallèlement prouver  c'est aussi établir la conformité d'une assertion à la réalité. L'argumentation apparait  alors comme une combinaison des aspects d'une démonstration et des preuves. Ainsi argumenter consiste à invoquer, établir un fait ou une exigence extérieure pour justifier une assertion. Étant une justification, l'argumentation philosophique doit être cohérente et rigoureuse au même titre qu'une démonstration. Elle doit aussi tendre vers l'objectivité  afin de refléter la réalité au même titre que les preuves. De même une dissertation philosophique est surtout une réflexion personnelle qui requiert toutefois toutes ces qualités précitées. Cette réflexion exige une question précise car il ne s'agit pas de parler d'un thème dans son entier mais d'étudier une question. Le sujet d'une dissertation philosophique est donc toujours une question implicite ou explicite qui cache un problème. C'est parce que toute question n'est pas philosophique  qu'il faut surtout insister sur le problème philosophique lequel est derrière le libellé du sujet qui, lui aussi, se présente sous plusieurs formes. Sans oublier sa forme notionnelle ou comparative, le sujet dialectique et le sujet citation (appelé aussi sujet-thèse) sont toutefois les plus fréquentes à l'examen du baccalauréat. Lorsqu'il s'agit d'un sujet qui porte sur une notion, il faut l'analyser en commençant par le sens courant pour progresser vers le sens approfondi du terme. 

Exemple 1 : La vérité 

Ainsi la notion de vérité peut être appréhendée d'abord selon le sens commun pour évoluer vers son sens métaphysique (cf. Le sens chez Platon) Un deuxième procédé qui s'offre parfois est d'étudier la notion dans plusieurs domaines comme le domaine morale, juridique, philosophique etc. 

Exemple 2 : Le devoir 

Ainsi le devoir au sens moral qui fait appel à la conscience est différent du devoir au sens juridique qui a plutôt recours à la loi et à la force publique. Pour un sujet comparaison qui s'articule toujours sur deux notions le procédé le plus fréquent est d'étudier les ressemblances et les différences. Mais il ne faut pas perdre de vue d'autres types de rapports peuvent être plus pertinents à étudier.
 
$-\ $ Un rapport de causalité : cause et effet des deux notions à comparer. 

Exemple 1 : 

Étonnement et interrogation
 
$-\ $ Un rapport de finalité : moyen et fin des deux notions du sujet. 

Exemple 2 : 

Maïeutique et réminiscence
 
$-\ $ Un rapport de participation : on montre que l'une des notions participe à l'autre. 

Exemple 3 : 

l'esprit critique et l'esprit rationnel.
 
$-\ $ Un rapport de réduction de l'une à l'autre. 

Exemple 4 : 

Idée et essence
 
$-\ $ Un rapport d'opposition. 

Exemple 5 : 

le concret et l'abstrait.
 
Malgré la richesse et la pertinence de ces types de sujet, les sujets du bac semble tourner autour du sujet dialectique et celui d'une citation. Quelle que soit la forme du sujet, il faut lire et relire le sujet dans son entier  en essayant d'en pénétrer le sens. La méthode adoptée doit toujours dépendre du sens et de la formulation du sujet car disserter c'est d'abord distinguer les points de vue, les niveaux de compréhension et les significations. En effet il ne doit pas y avoir  des digressions ou des allusions sans explication. Exemple si nous prenons le concept «  apparence » : le point de vue Hégélien est fort différent de celui de Platon. De même l'expérience ne joue pas le même rôle chez les empiristes que les rationalistes. En effet tandis que l'expérience est la base de toute connaissance chez les premiers en l'occurrence John Locke, elle est source d'illusion et d'erreurs chez les rationalistes comme Descartes. Dès lors on peut affirmer sans ambages qu'à chaque formulation d'un sujet il y a une méthode qui sied le plus.

B. La méthode

a) Le sujet dialectique

C'est une question explicite qui nécessite, pour sa solution une thèse, une antithèse et une synthèse.  Cette question peut se présenter sous :  
 
$-\ $ une forme ouverte : 

Exemple 

Peut-on vaincre un préjugé ? 
 
$-\ $ une forme alternative : 

Exemple 

Autrui est-il une aide ou un obstacle ?
 
$-\ $ une forme suscitant une réponse en filigrane : 

Exemple 

En quel sens l'on a pu dire que la philosophie c'est la recherche de l'essentiel inaperçu ?
 
La thèse consiste à prendre position et la défendre  de façon ordonnée par des arguments pertinents. Dans un tel sujet (appelé aussi sujet de controverse, il faut nécessairement une antithèse qui est une objection ou une restriction de la thèse. La synthèse doit être un dépassement, un rapprochement de deux points de vue opposés au sein d'une unité supérieure. Cela suppose que la thèse et l'antithèse ne soient pas réellement contradictoires.

b) Le sujet-citation (ou sujet-thèse)

C'est une citation ou une thèse qu'il faut apprécier. Pour ce faire il faut tout d'abord analyser l'affirmation afin d'en pénétrer le sens. Ainsi la méthode adoptée consiste à faire, dans un premier temps, une partie explicative. Dans cette partie explicative, il faut surtout éviter de faire une biographie ou de se limiter à retracer les grandes lignes de la doctrine de l'auteur. On se contentera d'examiner l'affirmation même si la connaissance de la pensée de l'auteur peut être utile.

Exemple 1 : 

« La philosophie ne nous parait pas recherche de savoir. Au contraire elle nous parait dissolution de tout savoir acquis ».
 
Partagez-vous cette affirmation ?
 
Expliquer c'est développer l'idée véhiculée dans la citation en faisant ressortir les mots-clefs. La règle d'or dans cette partie est la fidélité au sens de la thèse. Ainsi ce n'est une occasion de disserter sur le thème que la citation a soulevé. Avec cet exemple il ne s'agit nullement de reprendre l'Introduction générale à la philosophie ni même de disserter sur la question centrale qu'est-ce que la philosophie ? Ici les mots- clefs étant « philosophie » et « savoir », le problème peut être compris comme il suit :

La philosophie : quête ou négation du savoir ? Dans le libellé du sujet l'auteur a plutôt opté pour la seconde alternative Dans une seconde partie, il faut faire une partie critique. C'est une réflexion philosophique sur la réponse apportée par l'auteur. Il s'agit de dire si cette réponse est  recevable ou non. Il est alors permis de recourir à d'autres auteurs pour juger de la recevabilité de la réponse. L'idée est de se poser la question à savoir qui dirait le contraire ou à quelle thèse la citation pourrait s'opposer. Toutefois votre propre réflexion bien argumentée est toujours importante dans cette partie critique. 

C. Les différentes parties

1) L'Introduction

C'est dans l'introduction qu'on formule le problème philosophique à résoudre. Son rôle est de concentrer l'attention sur un problème. C'est le moment crucial d'une dissertation. Elle doit remplir trois points (si c'est possible)
 
$-\ $ Amener le sujet à partir d'un fait divers, d'une citation, d'une opinion courante, d'un proverbe, d'un constat. Son rôle est d'intéresser le lecteur à votre sujet tout en évitant de dire des banalités.
 
$-\ $ Poser le sujet : c'est le point le plus important car il consiste à rendre précis et concis la question du sujet. Il faut délimiter le sujet de telle sorte qu'aucune confusion sur le sens ne serait possible. Cela découle d'une bonne compréhension du sujet qui détermine tout le reste de la dissertation.
 
$-\ $ Annoncer le plan : il s'agit de tracer les grandes lignes du développement car une fois le problème philosophique identifié il va falloir déterminer un cheminement à prendre pour sa solution (ou du moins son examen). Ce cheminement comporte des étapes décisives qu'il faut signaler.

2) Le Développement

Le développement est une explication et une démonstration des idées principales. Il s'agit d'argumenter les thèses avancées et non de sauter d'une citation à une autre ou d'un exemple à un autre. En effet les citations et les exemples ont leurs places après l'argumentation et ne peuvent servir que d'illustrations. L'argumentation doit être une progression rigoureuse cohérente et ordonnée. En effet la règle d'or dans un développement est la rigueur, la cohérence et la clarté. Ainsi les connecteurs sont d'un grand apport. Leur usage permet de ne pas sauter d'une idée à une autre sans qu'on puisse voir leur rapport. Le rôle du développent est finalement de rendre clair les concepts et les idées lesquels ne doivent pas être considérés comme des dogmes. En effet une dissertation n'est pas une profession de foi car il s'agit de mettre en place des problèmes, des objections et des critiques. C'est une réflexion personnelle certes mais elle doit toujours tendre vers l'objectivité à l'image d'une démonstration. Pour  se faire on doit garder en tête que la solution au problème n'est pas toujours une obligation. Ce qui constitue une obligation dans un développement, c'est de transformer les termes en concepts et de les analyser tout en les approfondissant. Il faut également garder en repère la forme du sujet afin d'adopter la démarche qui sied le mieux. C'est dans cette optique que les considérations générales sur les types de sujet reprennent tout leur intérêt. Ainsi savoir que pour un sujet dialectique, le développent doit comporter trois parties (thèse- antithèse- synthèse). Par contre un sujet à thèse doit toujours comporter une partie explicative et une partie critique tout aussi importante l'une comme l'autre. En résumé dans un développement deux parties équilibrées doivent au moins être distinguées : il s'agit de l'explication des thèses et la discussion des thèses. 

3) La Conclusion

Elle est un vis-à-vis de l'introduction. Dans ce sens il faut un résumé qui découle de la promesse qui était faite dans l'introduction. Toutefois ce résumé doit s'ouvrir sur une solution ou sur une meilleure compréhension du problème qui était aussi posé dans l'introduction. Mais les questions, étant inépuisables  en philosophie, il serait pertinent d'ouvrir une nouvelle perspective. En dehors de cette correspondance avec l'introduction, d'autres façons de conclure sont aussi acceptables. Parmi ces conclusions possibles, apporter sa ferme position qui découlerait de votre argumentation bien menée dans le développement. Évoquer une autre façon d'aborder le problème ainsi les solutions qui auraient pues être apporter. Une belle citation est toujours la bienvenue dans une dissertation. Seulement la citation doit toujours venir pour corroborer les propos avancés. Ce qu'il faut surtout  éviter dans une conclusion, c'est de faire des digressions sans rapport avec le traitement du sujet. De plus une conclusion n'est pas un simple résumé du développement ou prendre la forme d'une fable se terminant par une leçon de morale.
 
Auteur: 
Khady Mbaye

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